⏳ Penser le temps dans une application
Quand on parle de développement,
on parle presque toujours de vitesse.
Temps de chargement.
Temps de réponse.
Temps réel.
Mais très rarement du temps vécu.
Or une application ne se traverse jamais une seule fois.
On y revient.
On s’y installe.
On la quitte, puis on la retrouve.
Penser une application,
ce n’est pas seulement organiser des écrans ou des actions.
C’est décider comment le temps y circule,
ce qu’il laisse,
et ce qu’il transforme ⏳
Le mythe de l’instantané
Le logiciel moderne valorise l’instant.
Cliquer.
Valider.
Passer à l’étape suivante.
Tout est pensé comme une suite de réactions rapides.
Mais l’instantané est une illusion.
Aucune expérience humaine ne se vit hors du temps.
Même l’action la plus simple
s’inscrit dans une continuité.
Quand une application ignore cela,
elle devient vite brutale.
Ou fatigante.
Le temps machine n’est pas le temps humain
Une machine mesure le temps en millisecondes.
Un humain le vit en interruptions.
On s’arrête.
On reprend plus tard.
On oublie.
On revient avec un autre état d’esprit.
Une application qui ne comprend pas cela
demande trop.
Ou décourage.
Penser le temps,
c’est accepter que l’utilisateur ne soit jamais linéaire.
Chapitres plutôt que sessions
Beaucoup d’outils raisonnent en sessions.
Connexion.
Action.
Déconnexion.
Mais une session ne raconte rien.
Un chapitre, en revanche,
porte une durée,
un contexte,
une transformation.
C’est la différence entre un niveau isolé
et un arc narratif.
Dans les grandes sagas,
ce ne sont pas les scènes spectaculaires qui font la force du récit,
mais l’évolution des personnages au fil du temps 🌌
La mémoire comme socle
Un historique empile des événements.
Une mémoire leur donne du sens.
Ce qui compte n’est pas seulement ce qui a été fait,
mais ce qui a été compris.
Une application qui garde une mémoire lisible
permet de comprendre le chemin parcouru.
Sans mémoire,
on ne progresse pas.
On recommence.
Le temps comme outil de conception
Penser le temps,
ce n’est pas ajouter une timeline.
C’est concevoir :
- des respirations
- des reprises possibles
- des périodes plutôt que des listes
Comme dans une saga bien construite,
où chaque épisode prépare le suivant
sans jamais l’épuiser.
Un vieux maître pourrait dire :
“Patience you must have, my young Padawan.”
Apprendre prend du temps.
La progression ne se déclenche pas.
Elle se construit.
Concevoir pour durer
Certaines applications sont faites pour être consommées.
D’autres pour être habitées.
Les secondes acceptent :
- la lenteur
- l’inachevé
- la maturation
Elles n’imposent pas un rythme.
Elles en proposent un.
Pourquoi cette question me traverse
Parce que je conçois des projets
qui s’inscrivent dans la durée.
Des systèmes qui accompagnent,
plutôt que d’exiger.
Penser le temps,
c’est refuser de traiter l’utilisateur
comme un simple flux d’actions.
C’est reconnaître une trajectoire.
Une deuxième trace
Ce carnet prolonge le premier.
Après la narration,
le temps.
Deux faces d’un même sujet.
La suite explorera encore
comment le code peut devenir
un support de progression réelle,
et non une simple succession d’instants ⏳
Chapitre clos. Le récit continue.